10 kilomètres à pied, ça use, ça use… mais ça booste la confiance en soi

Femme qui court

Parfois, il en faut peu pour regagner un peu de confiance en soi. Aujourd’hui, je vous raconte une expérience personnelle, le jour où je me suis lancé le défi de courir 10 kilomètres. Alors je vous vois venir… “Ouais bon 10 kilomètres, c’est pas non plus la mer à boire…”. On est bien d’accord, sauf que pour moi, pas très sportive il faut bien l’avouer, c’était pas gagné !


Un vieux contentieux

La course à pieds et moi, si vous voulez tout savoir, nous étions un peu fâchées. Une vieille rancune qui remonte au collège… A cette époque là, j’étais une enfant plutôt ronde et complexée. Mais voilà tous les ans, il fallait s’y coller : le trimestre consacré à l’endurance en sport (EPS pour les initiés)… Je ga-lé-rais… Bon ok, on est avec les copines dehors, mais tu veux discuter, PAF (non je ne suis pas tombée), un point de côté ! J’ai toujours trouvé ça d’un ennuyeux en plus… Un tour de stade, deux tours de stade, trois tours de stade… Mais s’il n’y avait que ça… Comment on respire sérieux en courant ? “On inspire par le nez, on expire par la bouche”, il disait le prof… Sauf qu’en plein mois de décembre en Bretagne, ça pelle et en deux minutes, j’ai la gorge et les sinus en feu, le nez qui coule, les yeux qui piquent, je m’essouffle à la vitesse de la lumière, j’ai chaud, je sue, tout le monde me passe devant et niveau confiance en soi, on a connu mieux. Je suis nulle, archi-nulle… Déjà que je suis pas jolie, en plus je suis nulle en sport. C’est le drame au collège ! Puis vient la rentrée en cinquième et avec elle, pim ! (toujours pas tombée, non), le trimestre d’endurance, youhou ! Fidèle à moi-même, je galère… Le point de côté, les joues rouges, la goutte au nez, vous avez compris quoi…

Puis un jour, le prof décide de nous évaluer… On a de la chance, il fait beau ce jour-là. C’est parti ! Premier tour de stade : je déteste ça. Deuxième tour de stade : je vais mourir ! Troisième tour de stade : que quelqu’un mette fin à mes souffrances pitié ! Quatrième tour de stade : je trouve un rythme… Cinquième, je cours toujours… et surtout je respire toujours, incroyable ! Alors j’enchaîne les tours… Mes copines se sont arrêtées mais moi, je cours toujours. Elles m’encouragent et je me sens pousser des ailes. Je suis tellement fière de ce que je fais que cela me donne l’énergie de continuer. Je fatigue mais je m’accroche. Au final, je vais courir près d’une heure et je finis le cours sous les félicitations de mes copines ! Je me sens tellement fière de moi. Ma maman vient me chercher le soir et je m’empresse de lui raconter mon exploit dans la voiture. Elle m’encourage et me félicite. Je me sens bien.

Puis la semaine d’après, c’est l’heure des résultats, je suis celle qui a couru le plus longtemps, ma note va tout déchirer ! Les notes sont affichées devant le vestiaire… 8… J’ai l’impression de tomber de 10 étages… Je parcours la liste des notes, je figure parmi les pires notes… Et toutes mes copines, celles-là même qui se sont arrêtées une heure avant moi ont la moyenne, voire de bonnes notes… Je vais voir le prof pour lui faire part de mon incompréhension : “C’est un cours d’endurance. Tu as couru longtemps, c‘est vrai mais je t’ai chronométrée à chaque tour et tu n’étais pas du tout régulière dans ton rythme…” Ma fierté en prend un coup, je peux même dire que je me sens carrément humiliée, dégoûtée et surtout très triste. Je me rappelle avoir vécu cet événement comme une vraie injustice, de celles qui nous marquent pour toute une vie… Même s’il y a pire bien sûr ! 🙂 Mais en tout cas, cet épisode a mis fin à ma relation avec la course à pieds. On a rompu d’un commun accord… même si j’étais plus d’accord qu’elle.


Cap ou pas cap

Je referme la parenthèse années 90 et je vous resitue le contexte dans lequel j’ai décidé de faire la paix avec ma paire de baskets : Mon petit garçon a quelques mois et je viens de reprendre le travail (Ouais l’angoisse… un moment pas toujours évident…). Pour 1001 raisons que je n’évoquerai pas aujourd’hui, je suis un peu déboussolée et pas vraiment en paix avec moi-même. Je ne me sens à la hauteur de rien… Et je ressens véritablement le besoin d’accomplir quelque chose pour regagner confiance en moi. En mon absence, mes collègues de travail ont monté une petite équipe de course et se sont inscrits tous ensemble à la course de 10 kilomètres qui a lieu dans les parcs à Disneyland Paris. Parmi eux, il y a des sportifs, mais aussi des moins sportifs. Ils reviennent le lundi après la course avec plein de souvenirs à échanger ensemble et je suis admirative. 10 kilomètres, wahou ! Mais ils me disent que “ça se fait finalement en s’entraînant un peu avant”, que “pris dans l’ambiance de la course, tu ne vois pas le temps passer”. Ils parlent déjà de l’année suivante et c’est à ce moment que je me lance “Si vous y allez de nouveau l’année prochaine, je viens avec vous !”. Les semaines passent, puis les mois avec de temps en temps une petite allusion « Et cette année, tu as dit que tu venais avec nous, hein !”. Vient le temps des inscriptions, plus question de reculer… Maintenant il va falloir se préparer.


Doucement mais sûrement

Le printemps venu, on décide de faire une première sortie ensemble un midi pendant la pause déjeuner. Il faut déjà franchir le premier cap psychologique : Enfiler une tenue de sport devant ses collègues… Je ne me sens pas hyper à l’aise mais j’ai dit que je le faisais alors je le fais. Je me suis fixée un objectif qui me semble réaliste : courir 15 à 20 minutes sans m’arrêter, à mon rythme et je l’explique clairement à mes collègues. Au début, j’ai envie de rire, cette situation est complètement bizarre… Puis je me rends compte que ça va sans doute être difficile et j’ai peur de me taper la honte devant les collègues. Surtout que dans le lot, y’a des sportives, et même qu’elles, elles ont pas l’air ridicules en legging et en veste Queshua, leurs cuisses ne font même pas blop blop, et truc de ouf, elles arrivent à parler en courant… Il y en a aussi qui, comme moi, n’ont pas couru depuis des lustres, alors ça me rassure. Certaines s’arrêtent mais je continue… doucement mais sûrement, en surveillant le temps qui passe sur mon portable. Je me retrouve seule en milieu de peloton entre celles qui gambadent à l’aise à l’avant et celles qui se sont arrêtées et vont finir le tour en marchant. Mes collègues à l’avant font demi-tour pour revenir à mon niveau et repartir avec moi, à mon rythme. Et c’est ensemble qu’on arrive à l’endroit qu’on s’était fixé comme point d’arrivée. Ça y est, je l’ai fait… J’ai couru 20 minutes. Et surtout j’ai passé un bon moment. Je ne me suis pas sentie jugée, la session d’entraînement s’est faite en toute bienveillance et sans compétition, ce qui est important pour moi.


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Et semaines après semaines, je me fixe de nouveaux objectifs… De temps, de distance… Je vais même courir dans un parc le dimanche matin et me retrouve au milieu de ces gens que je prenais pour des fous avant. “Ils ont rien de mieux à foutre un dimanche matin sérieux !”. Au mois de mai, je prends une semaine de vacances et me fixe l’objectif de monter à 5 kilomètres. La course est en septembre, il va être temps… J’y parviens avec peine mais j’y parviens. Puis je refais ces 5 kilomètres, seule ou avec mes collègues. Puis un midi, je pars courir avec une de mes collègues (la plus sportive d’entre elles). Pendant le trajet, elle me raconte ses préparatifs de mariage, ses projets, elle m’occupe l’esprit et je ne vois pas le temps et les kilomètres défiler. Moi aussi, je me mets à parler en courant, l’air de rien, et on finit notre boucle de 5 kilomètres. Je me sens bien alors je lui propose de continuer un peu. Et voilà 6 kilomètres, un progrès de plus ! L’été arrive et il fait très chaud, trop chaud pour aller courir en plein soleil le midi… Alors les entraînements ralentissent… Mais je me motive pour aller courir avec d’autres collègues qui y vont le matin, à la fraîche… Incroyable, je me lève plus tôt pour aller courir ! J’ajoute même une séance de vélo d’appartement par semaine pour travailler mon cardio (ouais ouais jargon d’expert) les jours où je n’ai pas envie de sortir de la maison pour faire mon sport (en gros j’enfile mes baskets au pied du lit et je grimpe sur le vélo : nuisette-baskets !). I’m sexy and I know it !



Les semaines passent et je gagne en confiance. Il y a quelques semaines, j’étais fière de réussir à courir 20 minutes et j’en suis maintenant à 45 minutes. Les 10 kilomètres sont encore loin mais je suis contente, voire fière de mes progrès. Le mois d’août arrive et avec lui les vacances tant attendues. Je pars avec mes baskets dans la valise… Mais les baskets restent dans la valise… Aïe aïe aïe… Je reprends le travail à la fin de l’été et il ne me reste plus qu’un mois avant la course. Ca me parait vraiment juste… Les collègues me déculpabilisent, eux aussi ont peu couru pendant l’été et ils me rappellent qu’avant la course de l’année précédente, jamais ils n’avaient parcouru les 10 kilomètres pendant une séance d’entraînement. Je reprends progressivement et retrouve mon rythme. On est à 10 jours de la course seulement… Nouvel objectif : courir une heure. Rendez-vous est donné un vendredi matin à 7 heures avec une collègue qui a à peu près le même rythme de course que moi. Ce matin, nous courrons une heure… C’est long une heure mais à base de “Allez on a dit qu’on le faisait”, “Déjà 5 kilomètres”, “ça fait plus que 15 minutes, c’est rien par rapport à ce qu’on vient de faire”, “de toute façon, il faut qu’on aille jusque là-bas donc autant le faire en courant”, et bien on a fait notre heure de course et 8 kilomètres ! Wow, j’ai même battu mon record du collège. On s’approche de l’objectif. Mais mes collègues sont formels, “La semaine précédant la course, pas de sessions d’entraînement difficiles ! Juste de l’entretien au risque d’être trop fatigués le jour J”.


Le Jour J

La veille de la course, c’est à la fois nerveuse et excitée que je vais me coucher. Je me réveille à 1 heure du matin avec un mal de ventre sympathique… Je me tourne et me retourne dans mon lit puis vient ce moment où on compte les heures, vous connaissez non ? : “Il ne me reste plus que trois heures à dormir, allez dors, dors, dors ! Mais pourquoi tu dors pas ?!”. Je somnole un peu avant que le réveil ne sonne. Malheureusement, je suis toujours nauséeuse… Mais pas question de laisser tomber. Je vais y aller et je vais au moins essayer. Et c’est donc baskets aux pieds et Vogalib dans le sac que je quitte la maison.

Le grand air est vivifiant et mon mal d’estomac passe petit à petit. Je rejoins mes collègues et c’est ensemble qu’on se rend dans notre sas de départ ! Les coureurs autour de nous sont déguisés et l’ambiance façon Disney détend l’atmosphère. On a même droit à une séance d’échauffement en musique et avec Hercule s’il vous plaît. On est gelés et on doit encore attendre qu’on appelle notre sas mais ça y est, au bout d’une heure, c’est à notre tour de partir. Dans l’excitation, mes collègues partent vite, très vite… Au départ, je suis mais je me dis que je ne tiendrai pas à ce rythme donc je ralentis et prends ma cadence habituelle. Un collègue se cale sur mon rythme et on commence à courir ensemble. Les personnages et les employés Disney sont sur le bord de la route à nous encourager et on tape dans quelques mains de Mickey au passage. C’est drôle et ça rythme le parcours. Les kilomètres parcourus sont affichés sur le côté. Je ne vois pas les deux premiers kilomètres passer. Puis 3, puis 4, puis 5… Je ressens la fatigue. Certains passages sont difficiles puis ça repart, je ne veux pas lâcher. A partir du 7e kilomètre, je ressens des douleurs dans les articulations, d’abord la cheville puis le genou, puis la hanche… Jusqu’ici je m’étais toujours entraînée en alternant chemins de terre et routes… Ça fait maintenant une heure que nous courons uniquement sur du bitume… Je savais que je n’aurais pas dû acheter mes baskets à 8€ chez Auchan ! Je commence vraiment à souffrir mais mon collègue m’encourage “Lâche pas, oublie que tu as des articulations et ça va le faire”. J’ai mal mais je n’ai pas prévu de lâcher, pas si près du but. 8 kilomètres. Mamma Mia je jongle ! A chaque fois que mon pied touche le sol, la douleur me traverse de bas en haut… Mais ça serait dommage d’abandonner si près du but alors je m’accroche et je continue. 9 kilomètres… ça y est, on touche au but.

Ce dernier kilomètre est interminable. Les barrières nous font faire des virages dans tous les sens et je n’ai qu’une envie : couper ! Mais ça y est, j’aperçois la ligne d’arrivée ! Un dernier effort… Ça y est, je viens de courir 10 kilomètres, je l’ai fait ! Un cast-member distribue les médailles sur la ligne d’arrivée, j’ai envie de le serrer dans mes bras et de lui hurler dans les oreilles « Je l’ai fait !!! Libéréééééééééééée, délivréééééééééééée !!! ». J’ai presque envie de pleurer (grande sensible oblige) !

Pourquoi je vous raconte tout ça, me direz-vous ? Et bien parce qu’en temps normal, je n’aurais pas oser y aller par manque de confiance en moi ! Or, c’est en me lançant ce défi que j’ai pu me prouver que j’étais capable d’accomplir quelque chose. J’ai accepté de sortir de ma zone de confort et de me donner les moyens de réussir. J’ai accepté de ne pas me comparer aux autres (aux grands sportifs par exemple) et de faire les choses à ma manière et à mon rythme. J’ai eu droit à quelques remarques ironiques après la course « 10 kilomètres en 1h15, je le faisais déjà à l’âge de 8 ans, gnark gnark gnark ! » (et ton sens de l’humour aussi c*** ?) mais peu importe, je suis contente de moi et c’est assez rare pour être souligné.


Conclusion

La course à pieds, ce n’est toujours pas mon truc et je trouve toujours ça assez ennuyeux mais je me souviendrai longtemps de ce jour où j’ai couru 10 kilomètres (et où au passage, j’ai pris ma revanche sur mes années collège, big-up à la petite grosse que j’étais !). Ça m’a fait un bien fou de me fixer un objectif et d’y parvenir. Il y a eu des doutes, des peurs mais j’ai découvert que si le running n’était pas ma spécialité, je pouvais compter sur mon mental. Un petit pas pour l’exploit sportif mais un grand pas pour la confiance en soi !

Et vous, vous êtes vous déjà lancé ce genre de défi ? Racontez-moi tout en commentaires.

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